« Rythmes scolaires » : le triste renoncement


rythmes-scolairesC’est fait, mal fait et, c’est triste : la semaine des enfants chambériens ne comportera que 4 jours de présence à l’école.

Il aura donc fallu attendre mercredi soir, 24 janvier, pour vivre l’épilogue d’un rendez-vous manqué entre la majorité municipale et l’expression d’un véritable courage de convictions. Sauf si, de convictions il n’y avait point. Et on peut légitimement le croire quand on repense aux déclarations et postures de début de mandat.

Rappelons-nous la farouche opposition du Maire à la réforme des rythmes scolaires, théâtralement médiatisée à la terrasse d’un café sur la place de l’Hôtel de ville en avril 2014. S’ensuivit un an de refus puis, un an de mise en place de garderies à peine améliorées pour finir par construire un début de projet éducatif juste avant le grand renoncement.

Renoncement à la loi pour se précipiter dans la dérogation qui permet depuis juin 2017 de n’offrir aux enfants que 4 jours de présence à l’école sur 7, chaque semaine. Que dire d’une société qui accepte majoritairement que ses enfants soient donc déconnectés de l’école et de sa vie sociale et éducative pendant 3 jours…?

Renoncement à prendre vraiment le temps d’un débat nourrit et préparé avec les parents, les enseignants, les élus de toutes sensibilités et les scientifiques qui travaillent depuis des décennies sur ces questions cruciales pour la construction de nos enfants et l’équilibre général de notre société. Se refuser à faire preuve de pédagogie pour accompagner les familles dans ce choix qui n’est pas sans conséquences pour l’organisation quotidienne et la stabilité des parcours éducatifs engagés. Aller jusqu’à donner consigne aux élus de la majorité de s’abstenir de prendre position lors des conseils d’école : comme symbole d’un ultime abandon des familles, laissées seules face à un dilemme cornélien.

Renoncement à prendre sa part dans le combat nécessaire et urgent contre les inégalités sociales qui ne cessent de s’accroitre depuis des années. Car, qui pouvaient être, en premier lieu, les bénéficiaires de cette présence accrue dans l’environnement scolaire ? Les enfants les moins suivis, les moins accompagnés et les moins immergés, à la maison, dans un bain culturel stimulant, qu’ils soient issus de familles aisées ou modestes financièrement. Las, ils n’auront qu’à se débrouiller seuls, avec ce message clair envoyé par les édiles majoritaires : oui, il y a des inégalités mais c’est aux autres de les traiter…

Même si le péché originel est bien cette désastreuse suppression d’une demi-journée de classe par le ministre Darcos en 2008, tout cela n’est pas affaire de gauche ou de droite puisque le néfaste « retour à 4 jours » concerne des communes de toutes sensibilités politiques.

Alors pourquoi un tel renoncement, contradictoire avec la conclusion de la commission municipale « éducation » – qui s’est réunie le 10 janvier – et a unanimement regretté le résultat du sondage fait auprès des parents ? (voir la capture d’écran ci-dessous : je précise que j’étais bien présent à cette commission même si mon nom a été oublié dans la liste).

Suivisme ? Électoralisme ? Économies budgétaires ? Vraiment difficile de voir clair dans les motivations municipales car ni le Maire ni l’adjointe à l’éducation n’ont donné d’arguments solides en faveur de cette décision.

Comme notre collègue Jean-Pierre Ruffier l’a parfaitement exprimé, ils se sont basés sur une pseudo demande – d’on ne sait pas vraiment qui – pour ouvrir à nouveau la boite de Pandore et lancer cette consultation sans donner les outils du choix aux parents.

Prenez le temps de réécouter l’intervention de Jean-Pierre Ruffier car elle pose clairement les questions fondamentales qui s’imposent aujourd’hui aux élus comme à toutes celles et ceux qui exercent des responsabilités : qu’est-ce qu’un « débat éclairé », quel rôle doit jouer une consultation dans la prise de décision finale (a-t-on voté sur la base d’un sondage/questionnaire quand il s’est agi d’augmenter les impôts locaux en 2015 ?), quel peut-être l’agencement entre les démocraties représentative et participative ? Qu’est-ce, au fond, que le rôle du politique ? Doit-il suivre ou impulser, s’abstenir sur des sujets fondamentaux ou affirmer une position quitte à déplaire ? Peut-il enfin, en Conseil municipal faire sien des arguments qu’il rejetait il y a peu sous prétexte d’une consultation contraire et spécieuse ?

Oui, les parents ont largement voté pour la semaine de 4 jours et nous disons, pourtant, que c’est un mauvais choix, influencé par une mauvaise décision gouvernementale de laisser la possibilité de déroger à la loi qui continue de privilégier les 4,5 jours.

C’est aussi un mauvais choix parce que les enfants français sont ceux qui vont le moins à l’école de tous les pays de l’OCDE (162 jours contre 185 en moyenne) et, pourtant, on ose nous dire que les enfants sont fatigués ! On nous le dira encore l’an prochain et le suivant et… car cela fait des années que cela se dit sans que personne ne veuille vraiment ouvrir le débat public sur les bouleversements de la société qui pèsent lourds dans la pression mise sur les enfants, les familles et les professionnels.

Nous avons demandé au Maire de surseoir à la décision et de prendre le temps d’organiser un vrai débat. Ce fut en vain, comme toujours. C’était pourtant une demande forte de parents délégués dans les conseils d’école dont quelques uns assistaient au débat. Rien n’y fit…

Alors voilà, un triste Conseil municipal qui alimente le compteur des dégâts. Sauf que là, il ne s’agit pas de problèmes de voiries, de circulation ou de dégradation de notre espace urbain (sujets importants au demeurant) mais d’un abandon en rase campagne de ce qui devrait être une des priorités absolues de la Ville : aider nos enfants à grandir ; les accompagner avec leurs familles et réaffirmer que la collectivité se doit de leur d’apporter un service de qualité qui est la richesse de celles et ceux qui n’en ont pas.  

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Une réflexion sur “« Rythmes scolaires » : le triste renoncement

  1. À moitié surprise des « décisions Dantin »tant nous savons que notre avis n’est jamais pris en compte!
    Ainsi les enfants chambériens n’auront droit qu’à un enseignement restreint sauf pour la « Classe Élevée «  qui aura les moyens d’offrir à leurs progénitures :activités + loisirs+soutiens scolaires+repas etc..
    Notre Maire n’a AUCUNE expérience pédagogique, ni sa 1ère adjointe ( les autres doivent se taire) En diminuant les subventions aux centres culturels, le personnel d’entretien est réduit, les animateurs nettoient ..ils sont donc moins présents auprès des enfants …c’est lamentable !

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