Émotion, confusion et dureté…


Je ne peux évidemment pas commencer ce billet d’humeur sans avoir une pensée pour madame Francine Portal, directrice du service des Espaces verts de la Ville de Chambéry, décédée tragiquement il y a quelques jours.

Merci à celles et ceux qui ont organisé le temps de recueillement et d’expression qui s’est déroulé place de l’Hôtel de Ville, ce lundi 26 février, en fin d’après-midi.

Au-delà de l’émotion, de la dignité et de la tristesse qui ont été exprimées par les très nombreuses personnes présentes, nous sommes également nombreux à constater avec beaucoup d’inquiétude la grande tension qui affecte les relations entre les salariés de la Ville et leur hiérarchie. Une colère froide était palpable, ces derniers jours. Les documents syndicaux alertant les élus depuis longtemps et les discussions avec les uns et les autres sont éloquents :  il faut d’urgence que soit établi un dialogue social sain et respectueux, piloté directement par le Maire.

C’est dans ce contexte que s’est ensuite déroulé un Conseil municipal au démarrage chaotique et sous le regard des parents d’élèves et des Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) venus remettre au Maire une pétition d’environ 3 000 signatures demandant le maintien de l’encadrement actuel des enfants dans chaque classe.

Étaient également présents des citoyens désireux d’entendre la position du Maire sur l’ouverture d’un local dédié à un groupuscule d’extrême-droite pratiquant la violence politique.

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C’est à la suite du deuxième rapport traitant de la création d’une SPL (Société publique locale) pour l’aménagement des secteurs de Vétrotex et de la Cassine que quelques militants du NPA se sont rapprochés des caméras qui filment le Conseil municipal, pour être bien visibles, et ont interpelé le Maire au sujet du « Bastion social », ce groupuscule d’extrême-droite installé à Chambéry depuis le 3 février dernier. Refusant de quitter la salle à la demande du Maire, et lui répondant en faisant donner leur mégaphone, celui-ci à levé la séance puis a fait intervenir la police nationale pour évacuer le public…

C’est la deuxième fois que le Maire a recours à la force publique pour rétablir l’ordre dans l’enceinte du Conseil municipal.

Nous avons ensuite repris nos débats.

Nous n’avons pas voté la création de cette SPL évoquée plus haut pour une raison somme toute assez simple : l’aménagement du secteur de Vétrotex (futur éco-quartier) est un dossier lancé sous le précédent mandat qui en avait réalisé la maîtrise foncière. En septembre 2014, le nouveau Maire a présidé le jury qui a choisi le cabinet Chavannes pour concevoir le projet urbain. La partie la plus intéressante du foncier a été « sortie » du périmètre d’origine et vendu à un autre cabinet d’architecte-urbaniste et il restait à lancer un appel d’offre pour désigner un aménageur de la ZAC restante… évidemment, la qualité du foncier étant amoindrie par la vente à CAN et QUARTUS (les autres cabinets d’architectes), via la SAS (j’espère que vous suivez…), les candidats ne se sont pas bousculés au portillon du projet et l’appel d’offre a été déclaré infructueux en août 2017. En septembre de la même année, le Maire nous a fait voter la relance d’un appel d’offre (nous nous sommes abstenus). En novembre 2017, le Maire nous a fait délibérer sur une modification du périmètre d’une, je cite, « opération d’aménagement – secteur Nord » (nous n’avons pas participé au vote) … Si vous suivez toujours, vous êtes super forts ! Et maintenant, on crée une société anonyme à capitaux publics (SPL) pour porter le projet, trouver un aménageur… sans avoir informé le Conseil municipal de l’abandon de la procédure d’appel d’offre relancée en septembre.
Bref, confusion, confusion, et opacité !

Ce n’est pas le dispositif de SPL qui nous pose fondamentalement problème mais le fait de laisser la responsabilité de l’aménagement de deux secteurs clés de la ville (Vétrotex et la Cassine), représentant pas moins de 25 % du territoire communal, au bon vouloir de 9 personnes (j’en ferai partie pour l’opposition) dont seulement 5 désignées au nom de la ville… qui se réuniront en huis-clos. Pas de concertation, contrôle limité des décisions… Le plus inquiétant est que le Maire nous a juré ses grands dieux qu’il y aurait une concertation si le projet était amené à changer !

Nous avons ensuite validé le lancement du projet de rénovation du stade municipal pour 11 millions d’euros. Ce n’est pas du luxe…

Puis, sont arrivés sur la table les rapports sur la dette et les orientations budgétaires.

Je suis intervenu pour constater les très faibles marges de manœuvre de la Ville, faiblesse accentuée par la politique gouvernementale contraignant les collectivités ayant un budget supérieur à 60 millions d’euros (c’est notre cas) à ne pas dépasser 1,2% d’augmentation des charges ! A titre d’information, mécaniquement, les charges de la ville augmentent de 1,8% par an… essentiellement du fait de décisions nationales.

C’est une illustration claire de la rupture gouvernementale avec l’esprit de la décentralisation qui prévalait jusqu’ici et qui a permis, depuis 1982, le développement d’une démocratie locale plus proche des habitants et des citoyens. Ce nouveau « jacobinisme centralisateur » est un appauvrissement pour nos collectivités et, personnellement, je le condamne fermement. C’est, en outre, symptomatique d’une infantilisation des collectivités territoriales par un pouvoir central qui se veut omniscient.

Cela étant dit et ces contraintes admises comme des faits dont le Maire n’est pas comptable, j’ai, en revanche, regretté que la politique menée depuis le début du mandat alimente la réduction des marges de manœuvre, en fonctionnement, pour la collectivité. Demander des efforts aux services et aux salariés est une chose, le faire avec la dureté que l’on constate aujourd’hui est insupportable et inadmissible. C’est un facteur de souffrance important qu’une gestion comptable et strictement comptable des ressources humaines. Au fil des semaines, les témoignages de cette dureté remontent à nos oreilles et l’inquiétude grandit.

Faire des choix ne signifie pas agir avec brutalité !

J’ai terminé mon propos en expliquant que « le mieux est l’ennemi du bien » et qu’à vouloir, à tout prix, réaliser des objectifs de réduction des charges et de la dette « formidables » (pour reprendre l’expression de l’adjoint aux finances…), on prenait le risque d’avoir à gérer des situations humainement très difficiles… J’ajoute très injustes, très brutales et alimentant encore la souffrance au travail. Nous n’avons pas validé les orientations budgétaires de la Municipalité.

Enfin, nous avons traité de trois vœux et d’une question écrite.

Un premier vœu, présenté par le Maire, a vite fait l’unanimité sur la nécessité à prendre des mesures urgentes en matière de conditions de travail, de revalorisation du statut des professionnels des EHPAD et à une réflexion globale sur la prise en charge du « grand âge ».

Puis, le Maire nous a présenté son vœu demandant la fermeture du local du groupuscule « Bastion social » et son interdiction nationale. Le hasard a fait que nous avons, Majorité et Minorité, présenté, le 16 février dernier à 15 minutes d’intervalle, chacun un texte à l’inscription à l’ordre du jour…

Nous avons maintenu notre texte – malgré les demandes insistantes de négociations de son dircab – car nous avons bien compris, dans l’écriture de celui du Maire, que celui-ci ne transigerait pas sur un point important qui ne nous convenait pas du tout : l’installation d’une caméra avenue de Lyon comme réponse à l’installation de ce groupuscule d’extrême-droite…

Je vous laisse juger de la nature et du niveau des échanges que nous avons eu sur ce sujet (vidéo ci-dessous, durée : 13 minutes 45). Au final les deux vœux ont été adoptés… et les élus ont donc clairement condamné l’ouverture de ce local d’extrême-droite… tout ça pour ça.

Je reste dubitatif sur l’approche que le Maire a de certains mouvements politiques : la confusion entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite et la caricature des réponses faites laisse pantois. Il faudrait bien plus qu’un billet d’humeur pour exposer l’absurdité de cette comparaison qui n’est pas raison. On peut reprocher beaucoup de choses aux mouvements politiques dits d’extrême-gauche, présents à Chambéry, qui relèvent du trotskisme ou de l’anarchie politique mais certainement pas – comme le fait confusément le Maire – d’avoir été au pouvoir quelque part dans le monde… C’est bien leur drame, d’ailleurs. Ils ont bien plus souvent été victimes des violences politiques qu’à leur instigation. Il suffit, par exemple, de se rappeler la fin de Trotski, assassiné par Staline, la tragique histoire du POUM durant la guerre d’Espagne, victime de la volonté de puissance du stalinisme…

Profondément attaché aux valeurs démocratiques et républicaines qui sont le ferment et le ciment de notre société ainsi qu’à la liberté d’opinion et d’expression, je déplore ces confusions historiques et les simplismes qui les accompagnent. Ils sont d’autant plus inacceptables quand ils sont exprimés par des élus forcément partisans et désireux de parler à un électorat… Personne ne doit être dupe des ambiguïtés dans cette affaire. Quand les politiques se mêlent de dire l’histoire, il y a beaucoup à craindre.

Pour finir, le Maire a expédié la question écrite que nous lui avions posée au sujet des Atsem et de la nécessité de leur maintien dans chaque classe. Avec une approche à nouveau comptable, il a balayé d’un revers de main les attentes des parents et des professionnels… Dire qu’on nous a expliqué, avec la suppression des activités périscolaires, que le niveau d’encadrement resterait le même… « Les promesses n’engagent que ceux qui les croient » disait la campagne de propagande municipale de mi-mandat en septembre dernier sur les panneaux partout en ville. A bon entendeur…

Voilà donc un Conseil municipal qui marque une nouvelle étape dans la dégradation générale de l’atmosphère politique de Chambéry. La brutalité clivante de quelques-uns ne nous fera pas céder : nous sommes là pour encaisser et répondre. Nous en avons la liberté. Ce qui est profondément inadmissible c’est le climat de peur qui s’impose au sein des services de la Ville depuis trop longtemps. Nous y sommes plus que jamais attentifs et si cela se poursuit nous le dénoncerons encore et encore.

Prochain Conseil municipal, le 26 mars 2018.

 

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